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Grâce à de savants calculs et à un sens de l'observation hors du commun, je peux affirmer qu'il y a 1 curieux en train de parcourir ce Journal.

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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 16:05

Parlons d’un sujet tabou. Enfin, tabou, surtout pour moi. Les « gros mots ».

Les grossièretés sont souvent indésirables en société. Les prononcer vous fait passer, au pire pour un cuistre infréquentable, au mieux pour un imbécile asocial. Pourtant, il ne s’agit que de mots sans consistance, d’assemblages de lettres issues de notre vénérable alphabet latin. Pourquoi « chiasse » est un gros mot, tandis que « gastro-entérite » est un terme médical socialement accepté ? Parce que des érudits, un beau jour (ou peut-être une nuit) en ont décidé ainsi ? Pourquoi la « chatte » de ma sœur, c’est un gros mot, tandis que la mienne dort tranquillement sur son coussin ? Pourquoi les gens hurlent au scandale parce que je leur fais remarquer que « je suis enculé par Erwann », tandis qu’on me plaint avec bienveillance et compassion si je déclare que « je suis acculé par le contrôleur fiscal » ?

Bref.

Il existe néanmoins un contexte dans lequel le langage salace peut être apprécié : celui du rapport sexuel. Même s’ils préfèreraient voter UMP aux législatives plutôt que de l’avouer, beaucoup d’hommes (et de femmes, ce qui dans ce journal constitue un hors-sujet) sont excités par l’utilisation de mots interdits durant leurs galipettes coïtales. Mais, voilà, notre formatage (comprenez « éducation »), la plupart du temps, nous pousse à adopter la même attitude dans la sphère privée que dans la sphère publique. Si bien qu’on voudrait, mais on n’ose pas, craignant que l’autre, avec qui pourtant nous partageons nos sécrétions depuis des années, réagisse comme un enfant de cœur pudibond : avec indignation.

C’est un peu beaucoup mon cas : moi qui, dans un contexte sexuel uniquement,  aime me sentir dominé et bousculé (note aux nouveaux arrivants : lire tout mon journal depuis le début, si vous avez déjà fini les intégrales de Voltaire et de Zola), vous comprendrez aisément que durant les acrobaties intimes, j’ai envie de me faire appeler de tous les noms d’oiseaux : merle, chardonneret, mésange, rouge-gorge, colibri, etc.

Cependant, lorsque vous avez reçu une stricte éducation concernant l’emploi des « gros mots », et que vous vous sentez retenu par l'amour et le respect que vous inspire votre conjoint (qui songerait à s'en plaindre ?), ce n'est pas évident évident de se lâcher et de dire des cochoncetés à votre partenaire… Et pourtant, comme dirait Charles, si faire l'amour est un acte divin et incomparable, baiser n'en est pas moins un feu d’artifice délicieux de la mort qui tue (exemple). En résumé, lorsque je m'abandonne aux plaisirs du sexe, j'aimerais

entendre plus souvent :

Ouvre grand la bouche et avale moi ce morceau tout entier !

Tu veux que je te mette ma bite à fond, hein ?

Je vais te bouffer les couilles !

T’aime ça, hein, ma petite salope ?

Vas-y avec la langue, je vais jouir !

J’aime ton petit cul bien serré et bien chaud.

Que ça te plaise ou non, on va regarder la nouvelle télé-réalité de TF1 !

et moi-même oser dire :

Quelle bonne grosse bite !

Aaah ! vas-y, ouvre-moi en deux !

Mets-la-moi bien profond !

Crache ton jus sur moi !

Je veux que ta queue bien raide remplisse mon cul !

Attache-moi et baise-moi.

Vive Marine Le Pen !

Bon, j’admets que, parmi ces exemples de prose fleurie, il y en a deux qui dépassent tout de même les bornes, et que nous aurons le bon goût de remplacer avantageusement par des jurons du capitaine Haddock.

Et vous, quels sont vos rapports entre le sexe et les mots ? Que me conseillez-vous pour vaincre l’embarras que l’on peut éprouver à utiliser un langage qui n’est pas naturellement le sien afin de pouvoir « se lâcher » ? J’attends vos témoignages : à vos commentaires, bande de petits pédés (ça se sent que c’est pas naturel, hein) !

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La prochaine fois, afin de reposer les âmes sensibles et pudibondes, nous parlerons de la pertinence de changer son compteur électrique après vingt ans d’utilisation, documents ERDF et statistiques INSEE à l’appui.

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 16:08

Approcha 1998, ajoutant quelques poussières à mes 23 ans, et… j’étais toujours vierge. Mon aventure avec Samir n’avait fait que rendre plus compliqué mon passage à l’acte puisqu’il ne suffisait plus au garçon que je rencontrais de me plaire physiquement pour que j’en tombasse amoureux, mais que son esprit et son cœur réussissent à me séduire. Mais le temps passait, la perle rare demeurait cachée dans son huître, et ma testostérone contrariée me rendait fou de désir et d’irritabilité.

C’est ainsi que celui qui attira mon œil dans l’amphithéâtre Richelieu n’eut finalement pas besoin de me prouver son intelligence, sa gentillesse ou son humour pour devenir ma nouvelle obsession : son pantalon de survêtement gris moulant ses fesses rondes à la perfection, et formant à l’opposé une protubérance généreuse qui témoignait du cadeau que la Nature lui avait offert, suffirent à me donner le vertige. A chaque cours que nous partagions, je ne pouvais empêcher mon regard de revenir à lui, avec une régularité de métronome.

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Il avait un je-ne-sais-quoi de séducteur italien dans le visage, ses cheveux châtains tombaient en mèche lourde sur son front que plissait un sourcil moqueur lorsqu’il plaisantait avec la fille qu’il fréquentait, son petit nez rond de lutin me rappelait celui de Damien, et ses lèvres sensuelles, toujours riantes, ouvertes sur des rangées de dents blanches et gourmandes, faisaient battre le sang sur mes tempes jusqu’à me donner des fourmis dans le crâne.

Ses épaules sportives et sa silhouette bien faite, sans embonpoint mais un peu ronde, juste ce qu’il fallait pour accentuer son aspect bon vivant et rieur, troublaient ma vue de plaisir. Je n’attendais qu’une chose : que sonne la fin du cours magistral ou du T.P. pour qu’il se lève et que je puisse admirer la forme de son sexe que soulevaient des bourses que je devinais volumineuses, quel que fut la coupe ou la matière du pantalon qu’il portait. La vue à rayon X de Superman m’aurait été tout à fait superflue tant ce garçon semblait incapable de dissimuler ses parties intimes, d’autant qu’il ne lui vint jamais la fantaisie de porter une robe ou un boubou. Quant à mon imagination, elle déduisait le peu qui ne se voyait pas.

Mes études, mes parents, mes amis, tout devint accessoire dans l’ombre de la pensée qui tournait sans cesse autour de mon bel Italien. Maya, en peine de me voir soupirant, gobant les mouches, presque bavant, les yeux fixés sur lui à longueur de temps, s’arrangea pour que nous parlions à cet être débordant de sensualité, et à sa camarade.

Le courant passa plutôt bien avec lui. Frédéric, qui finalement n’avait pas une goutte de sang latin dans les veines, me prit rapidement en sympathie. C’était un garçon simple, à l’humour facile et charmant. En revanche, son amie, Karine, nous battait froid. Petite brune, le visage blafard taillé à la serpe, les jambes arquées de danseuse malhabile, elle ne s’adressait à nous qu’en nous regardant d’un œil dédaigneux par-dessus ses étroites lunettes dépourvues de fantaisie. Frédéric me confia qu’ils étaient sortis ensemble pendant quelques temps, qu’il avait rompu, mais qu’il lui avait proposé de rester bons camarades. De toute évidence, elle se méprenait et, jalouse, se méfiait de Maya. C’est du moins ce que je crus pendant quelques temps.

Souvent, Frédéric me proposait une petite balade « entre hommes », aux jardins du Luxembourg, ou jusqu’à un bar sympa. Nous bavardions de littérature et échangions des banalités, comme si nous nous étions connus depuis longtemps. Bien qu’ayant découvert son hétérosexualité, je ne pouvais m'empêcher de garder espoir, un espoir que j’entretenais malgré moi à grands renforts de fantasmes qui me poussaient à me masturber un grand nombre de fois au quotidien, jusqu’à la douleur.

Dans l’un de ces fantasmes, Frédéric m’entraînait dans les toilettes de la fac, sous prétexte de prendre un cappuccino, puisque c’est là que se trouvait l’un des distributeurs de café. Enfermés, nous nous embrassions alors avec passion, tandis qu’à travers son survêt’ gris, je tâtais son pénis que je convoitais depuis tant de semaines, jusqu’à ce qu’il me dise : « Je savais que tu avais envie de moi. Et, moi, j’aimerais bien me faire sucer par un mec, pour voir ce que ça fait. » Sans attendre davantage, je m’agenouillais devant lui, baissais son pantalon, son slip, d’où jaillissait une queue grossissante à vue d’œil qu’il m’agitait sous le nez avec espièglerie. Je caressais son méat avec la pointe de la langue et faisait tout ce que je n’avais encore jamais fait, si ce n’est mainte fois en esprit, espérant le moment où les jets de son sperme éclabousseraient mon visage. Généralement, ce fantasme s’arrêtait là, au milieu de deux ou trois mouchoirs en papier.

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Un après-midi, Frédéric et moi, sirotions des milkshakes dans un petit bar à l’américaine du quartier latin, dont le design se voulait très années 60, remplacé depuis par un fast-food mondialement connu, indigeste et invasif. Après un silence, durant lequel Frédéric semblait songeur, il me dit :

– Je voudrais te parler de Karine. Tu sais que je suis sorti avec elle ?

– Oui, je sais. D’ailleurs, si tu veux mon avis, elle doit encore tenir à toi. Il est évident qu’elle est jalouse de Maya !

– Non, pas de Maya ! De toi !

– De moi ? Comment ça de moi ?

– Bah, à cause de mon passé. Elle sait qu’avant de la connaître, j’ai eu des expériences avec des mecs.

Mon cœur se mit à battre jusqu’à sonner les cloches tout au fond de mes oreilles. Et, c’est rempli d’une espérance et d’une joie inédites, que j’écoutai Fred me raconter sa première fois, quand il était lycéen, pendant une colonie de vacances, avec un jeune moniteur, à peine plus âgé que lui, qui le rejoignait chaque soir sous sa tente. Quand il eut fini son récit, je lui demandais, la voix quelque peu tremblante :

– Karine a-t-elle des raisons d’être jalouse ?

– Bah, déjà, comme moi, elle s’est bien rendue compte que je te plaisais.

– Ah ? tu savais ? dis-je, me sentant ridiculement naïf.

– Oui. Et puis, elle me connaît bien. Elle doit me soupçonner d’être attiré par toi.

Après un silence au cours duquel je ne pouvais m’empêcher de lui sourire, tandis qu’il me regardait avec intensité, il reprit :

– Au risque de te décevoir, je ne suis pas sûr de vouloir à nouveau coucher avec un mec. Je pense que je suis hétéro. Et, à vrai dire, je m’inquiète un peu pour toi. Nous devrions arrêter de nous voir.

– Je ne comprends pas.

– Disons que Karine est… bizarre. Il y a quelque chose en elle qui me met mal à l’aise. C’est pour ça que j’ai cassé. Et c’est aussi pour ça que je n’ai pas osé la rejeter complètement et que je lui ai proposé que nous restions amis.

– Mais, tu entends quoi par « bizarre » ? tu la crois folle ?

– Non ! Non, pas du tout ! Enfin, je ne sais pas. Peut-être. En tous cas, je n’aime pas la façon dont elle te regarde.

– Mais, tu me plais vraiment beaucoup. Et si jamais, en fin de compte, tu as envie de sortir avec un garçon, il n’y a aucune raison pour que nous nous l’interdisions à cause d’elle ! Et puis, elle n'a pas à le savoir !

Nous nous séparâmes en nous promettant de faire le point chacun de notre côté et d’en reparler dès le lendemain. Je ne dormis pas beaucoup, à la fois excité par la possibilité de voir mes fantasmes avec Frédéric se réaliser, et dubitatif en repassant dans ma mémoire des propos de Karine, empreints de sous-entendus, que j’avais crus destinés à Maya.

Le lendemain, dans la cour d'honneur, alors que je cherchais Frédéric du regard, Karine fondit sur moi : « Faut qu’on parle, suis moi » me lança-t-elle d’un ton ferme qui ne tolérait pas le refus. Elle m’entraîna vers un étroit escalier de la Sorbonne, peu fréquenté, et même peut-être bien interdit aux étudiants.

– Tu veux qu’on parle de quoi ? demandais-je.

– Pas ici. Attends que nous soyons vraiment tranquilles.

Nous parvînmes tout en haut de l’escalier en colimaçon, sur un petit pallier aboutissant à une porte en acier fermée à clef, sur laquelle une petite pancarte rouge annonçait : « Privé. Passage interdit sauf personnel autorisé. »

– Alors ? insistai-je une fois de plus.

– Je sais que tu plais à Frédéric, mais je dois te mettre en garde : il a toujours été attiré par des garçons, qu’il jette après avec couché avec, une ou deux fois. Pour lui, les mecs, c’est pas sérieux. Or, je sens bien que tu es gentil, que tu vas t’attacher et qu’il va te faire souffrir.

– Tu te trompes, Karine. Je ne cherche pas forcément une relation sérieuse et durable avec Frédéric. Et j’ai bien conscience que lui et moi nous dirigeons plus vers une histoire de sexe que vers une histoire d’amour.

Les yeux de Karine lancèrent des éclairs. Elle reprit :

– Bon, je vais être plus explicite. Je n’ai pas renoncé à Frédéric. Et lui, il tient encore à moi, même s’il ne s’en rend pas encore compte. Je vais tout faire pour qu’ on soit de nouveau ensemble, et je ne veux pas que tu viennes tout gâcher. Alors, tu vas cesser de le voir.

– Ce n’est pas comme ça que ça marche, rétorquais-je d’une voix qui tentait de se faire aussi sèche que la sienne, c’est à Frédéric de choisir. Et que le meilleur gagne !

Avec une rapidité extraordinaire, elle me poussa violemment contre la rampe et, s’appuyant de toutes ses forces contre mon torse, m’obligea à me pencher, dos au vide. Alors, elle me siffla entre ses dents, avec une férocité hystérique : « Tu es vraiment long à comprendre, sale pédé ! Ouvre bien tes oreilles, ce sera mon dernier avertissement. Frédéric est l’homme de ma vie, et je suis prête à tout, tu entends ? à TOUT, pour qu’il soit à moi ! »

Je soutenais son regard, mais sans oser lui répondre, craignant de jeter de l’huile sur le feu de sa folie furieuse, et de me retrouver à descendre l’escalier sans user les marches. Elle relâcha son étreinte et, sans un mot de plus, partit d’où nous étions venus. Je la laissai prendre un peu d’avance, avant de suivre le même chemin.

« Bizarre »… oui, en effet, elle est « bizarre », ta copine, Frédéric. Elle est même un peu cinglée, voire un peu sociopathe sur les bords. Bien que secoué, je tentais de rassembler mes idées un peu embrumées par l’émotion, tout en essayant de décider si je me rendais en cours, ou si j’allais marcher un peu pour réfléchir. Ma décision fut vite prise et, alors que je me rendais vers la sortie, je me retrouvai face à face avec Frédéric :

– Salut, Jay ! On se voit à 10 heures ? On ira prendre un pot ?

– Non. Non, désolé, Frédéric, nous n’irons pas prendre un pot. Je pense qu’il vaut mieux que nous cessions de nous voir, tu avais raison.

– Mais… commença-t-il, visiblement en pleine confusion, là, c’est moi qui ne comprends pas.

– On a dit qu’on allait réfléchir. J’ai réfléchi, et j’ai décidé.

– Bon, dit-il simplement.

Il se détourna de moi et s’engouffra dans le hall des amphi. Jamais je ne m’étais encore rendu compte à quel point je pouvais être pragmatique. En quelques secondes, j’avais mis à plat sur la table le fait que je n’étais pas amoureux de Frédéric, et que le sexe seul ne justifiait pas de prendre le risque de me retrouver menacé par une psychopathe en herbe. C’était si simple.

Je dirigeai mes pas vers les jardins du Luxembourg. J’attendis de trouver un banc, un peu isolé sous les frondaisons, de m’y asseoir, et de ranger méticuleusement mes lunettes dans leur étui, pour m’abandonner aux larmes.

 

Trois jours passèrent, durant lesquels j’évitais soigneusement tout contact avec Frédéric et sa tarée de copine. Jeudi soir, c’était le rendez-vous hebdomadaire chez mon psy. En règle général, il ne parlait pas, je parlais un peu, il m’annonçait que c’était fini jusqu’à la semaine suivante, et je signais le chèque. Cette fois-là, c’est lui qui commença à parler.

– Il ne faut pas paniquer. Mais, je dois vous dire que votre mère m’a téléphoné hier pour me demander si vous étiez homo. Bien entendu, je lui ai fait savoir par ma secrétaire que je refusais tout contact avec elle, vous n’avez rien à craindre. Comme vous le savez, je suis astreint au secret professionnel.

– Mais, pourquoi… comment… ? balbutiai-je.

– Elle a expliqué à ma secrétaire que quelqu’un lui a téléphoné hier matin, de manière anonyme, pour lui demander si elle savait que son fils était « pédé ». D’après la voix, elle pense que c’était une jeune fille.

– Je ne comprends pas, je ne vois pas qui…

– C’est peut-être une invention de votre mère, pour découvrir la vérité. Elle a peut-être prêché le faux pour savoir le vrai. Ou bien, je ne sais pas, vous vous êtes disputé avec quelqu’un ? Une étudiante ? Une amie ?

– Non, non, je ne vois pas, répondis-je, voyant parfaitement en pensée le visage de Karine.

J’étais effondré. Ce que je redoutais depuis si longtemps m’était tombé dessus. Combien de fois avais-je entendu ma mère répéter que si je devenais drogué ou pédé, elle me renierait et me mettrait à la porte ? Où allais-je dormir ce soir-là ? Comment allais-je pouvoir continuer mes études s’il fallait que je travaille pour me loger et me nourrir ? Comment allais-je trouver un emploi en n’ayant pas tous mes diplômes ?

De retour en banlieue, je traversais la cité en prenant soin d’éviter ma mère qui, comme depuis toujours, cancanait, en compagnie des plus belles langues de vipères de chaque immeuble. Mon père n’était pas encore rentré. J’étais donc seul, ce qui faciliterait mon départ. Je pris mon grand sac de sport et y fourrai tout ce qui me semblait indispensable et qui pouvait y rentrer. Dans le même temps, mon cerveau tournait à toute vitesse : où aller ? Dans le petit studio de Jean ? Chez Kim ? Et si j’appelais Maya ?

Le cliquetis de la clef dans la serrure de la porte mit un terme brutal à mes projets. Ma mère, de retour ! Y avait-il si peu de rumeurs intéressantes à propager aujourd'hui qu’elle revenait déjà ? En fin de compte, j’allais devoir l’affronter avant de m'en aller.

– Qu’est-ce que tu fais ? me demanda-t-elle, effarée.

– Je prépare mes affaires pour partir.

– Hein ?! Et tu vas où comme ça ?

– Le Docteur Renaud m’a dit que tu savais que j’étais homo. Je m’en vais.

– Je vois pas le rapport, pourquoi tu t’en vas ?

– Tu as toujours dit que si un de tes fils était pédé, ce ne serait plus ton fils.

– C’est pas vrai, j’ai jamais dit une chose pareille !

– Maman… soupirai-je, fatigué par son habituelle mauvaise foi.

– Ou alors, oui, d’accord, je l’ai peut-être dit une fois, comme ça, mais c’était pour que tu n’aies jamais l’idée de devenir drogué ou péd… homo, rectifia-t-elle.

– Mais… on ne choisit pas de devenir homo, pas plus qu’un hétéro choisit de l’être. On l’est ou on ne l’est pas. Non seulement, tu ne pouvais me dissuader de rien du tout, mais en plus je culpabilise et je suis terrifié depuis les premières fois ou j'ai ressenti quelque chose pour certains de mes copains.

– Mathieu et toi, vous étiez « ensemble », hein ? Et, avant, avec Damien… quand tu dormais chez lui, vous…

Je n’ai pas envie de parler de ça avec toi ! C’est ma vie privée. Si j’étais hétéro, ce serait pareil ! Maintenant, je m’en vais, je ne vais pas rester ici alors que je sais que tu me détestes.

– N’importe quoi ! je ne te déteste pas. Tu es mon fils, je t’aime, dit-elle en commençant à pleurer.

Pitié, pas de larmes, mets-moi plutôt à la porte, songeai-je.

– Quand tu étais petit, se reprit-elle, tu voulais toujours qu’on t’achète des poupées et de la dînette, et tu jouais toujours avec les filles, notamment Bahia et Alexandrine. Alors, je redoutais déjà que tu sois homo, mais je m’en doutais un peu, et je savais que ça ne changerait rien, que je t’aimerais quand même.

– ... Merci, dis-je simplement, estomaqué et ému par ces paroles auxquelles je ne me serais jamais attendu de la part de ma mère à l’esprit si borné. 

– Allez, range tes affaires, avant que ton père rentre. Il ne doit rien savoir. S’il savait que tu es homo, il le prendrait mal, ce serait un tel choc pour lui qu’il risquerait de faire une récidive et d’avoir un autre cancer.

En entendant ces derniers mots, j’étais partagé entre l’envie de prendre mon sac de sport et de partir en claquant la porte, et la culpabilité d’être un mauvais fils. Pire : un mauvais fils cancérogène.

 

Ce texte est © Jay. Toute reproduction interdite sans l’autorisation explicite de son auteur.

Par Jay - Publié dans : Mon Livre de ma vie à moi (roman autobiographique) - Écrire un commentaire - Voir les 11 commentaires
Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 11:48

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Au loin, dans la fumée de sèche qui pave la pièce immense, la masse affairée des Numérotés. Ils s’échinent, avec d’autres, à tirer sur un bang encrassé, affalés en cercle, mangés par la brume.
« C’est peut-être pas ton délire…J’aurais pas dû t’amener ici. »
La voix de Raphaël s’élève, lisse, sans craintes.
« Non, ça va… J’connais Bastien et… » Et ?... C’est quoi son nom à ce blaireau ?
Ma crédibilité est palpable… Si seulement je m’enfonçais dans le crâne ces putains de prénoms !
Raphaël ne me laisse aucune chance, dans l’intervalle il place un sourire bruyant.
Ses lèvres précises sont deux traits bruns. Accoudé à la fenêtre son regard s’est posé ailleurs, déjà.

On est chez… Chez quelqu’un. La question ne m’avait pas encore effleuré. Qui peut bien laisser une bande de lycéens immatures seuls, sans surveillance, dans son salon ? Qui habite ici ? C’est régulier ces séances ou là on fête quelque chose de spécial ? Est-ce qu’ils viennent dès qu’ils peuvent ? Genre tous les midis ? Comme aujourd'hui ?
Les questions s’auto-génèrent, intarissables, une toutes les cinq secondes ou à chaque nouvel objet sous mes yeux. Oh ! Le pied d’une chaise sculptée par un molosse plasticien… Oh ! Le beau cendrier phallique…
Dans le nuage opiacé les autres ont l’air de s’épanouir. Ça glougloute, ça frémit, ça s’acclame, ça rigole, c’est goguenard, ça tire à qui mieux-mieux…

Face à Raphaël s’étend la terre sans arbres. Il est là, présent et chaud à mon côté, l’expression vague ; comme épargné par l’émotion.
Moi je fais mon possible pour rester loin de cette idée. De toutes les idées d’ailleurs.
L’intérêt que j’éprouve pour Raphaël n’est dû qu’à sa nouveauté et sa sollicitude.

Sans sortir de ses épaisseurs d’attente il prend dans sa poche de quoi rouler. Et il roule.
De derrière monte un rire collectif qui déborde sur la margelle. Flot grivois d’une plaisanterie d’équipage.
Raphaël passe ses doigts sur la longueur des feuilles. Il n’y prête pas attention mais sa douceur digitale les rigidifie, les redresse.
En levant le pouce il fait du feu, trempe dans la vague anti-tempête les antennes sèches du tabac.

« Alors comme ça t’a rêvé de moi ? »
La torpeur se déchire. Mon cerveau chantonne Lalala et tourne autour d’un pot vertigineux.
« Ah ! Heu… Non. Oui…enfin, pas que… heu… » Mais où tu vas ?
« J’étais comment ? »
« Hein ?! »
Je ne comprends rien, il n’arrive jamais de là où je m’y attends. Toujours embusqué, visant d’abord les points non-vitaux.
« Plutôt gentil ?... » Tire une longue latte. « Ou plutôt méchant. »
Il s’est tourné vers moi tout entier. Sur la dernière syllabe de méchant la fumée glisse sur ses dents, s’enroule, s’enfuit lentement, comme si simplement il ne respirait pas.
Il me passe la cigarette arrangée.
« Je… Je sais pas vraiment. »
Ma réponse semble le décevoir, ses yeux gris s’aiguisent. Sur ma peau élastique je sens leur fil d’acier.
« C’est bizarre, hein ? Les rêves… ça se nourrit de ce que tu as fait dans la journée. »
Inspiration. Brûlis des herbes sèches. Je réponds « Oui. »
Raphaël sourit à l’intérieur. Je le sais car sa pupille s’étrécit.
« Il s’en est passé des choses dans ce vestiaire, hein ? »
L’immeuble tout entier fait un pas sur la gauche. Je m’accroche aux huisseries pour supporter l’ouragan. Je tousse ma dernière latte pour donner le change, faire croire que je suis vivant ; encore.
« Teuheu !... Quoi… J’… Theuheu ! »
L’image du paquet de Raphaël m’assaille. Moment où j’y ai frotté mon visage.
« Qu… Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« A ton avis ? Tu savais pas que je lis dans les pensées, Jim ? »
Sa voix est un murmure, un fil délicat de soie qu’il entortille à mon cœur. C’est terrible. Le panel des émotions défile derrière mes yeux sans vouloir se fixer : honte, confiance, désir, peur, honte, confiance, désir, peur… Et puis s’il lisait vraiment dans les pensées ? S’il pouvait me voir, à genoux devant lui comme ça… Il n’y aurait plus que mépris et dégoût.
Le chaos se condense sur mes iris. J’essaie, avec un mur de fumée, de rougir mes yeux, d’interposer entre ma faiblesse et sa force un dernier rempart.
« Jim ? Hé, j’rigolais… »
Merde, il n’est pas dupe. C’est encore pire, il sait à présent qu’il avait raison.
Quelque chose dans mon âme soupire et abandonne. Je le regarde en sentant la marée monter. Mes lèvres tressaillent, tremblotent, tombent une seconde dans les rides de mon menton…
Je vois Raphaël rester calme, gérer la situation. Il s’assure que personne n’a rien remarqué, me reprend la clope, vient se placer derrière moi en cherchant dans une poche ses écouteurs.
« Jim, c’est pas grave… T’sais c’est qu’un rêve. Les rêves c’est souvent très con. »
Je sens, à l’arrière de mes cuisses, sa présence. Il ne me touche pas mais c’est électrique et chaud ; je sens le courant, le flux, comme si tout chez lui était porté vers moi, vers l’avant.
« C’est pas quelque chose de réel, t’as rien fait… juste rêvé. Tu peux m’en parler si tu veux. »
Non énergique de la tête.
« Me dire juste un truc, même si je comprends pas. Une impression… J’te jure que ça changera rien et que j’le répéterai pas. Ça peut pas te faire de mal… »
Il lance ses phrases comme des brindilles derrière ma tête. Elles se prennent dans mes cheveux, m’ébouriffent, suivies par son souffle.
Quelque chose dans son attitude me pousse à obéir, me donne envie.
En clignant des paupières je fais couler sur mes joues le stress, l’angoisse, la peur et les certitudes.
« Tu… T’étais là. Très grand… Pfff… »
Je me dégonfle.
Il s’approche un peu.
« T… Tu… J’ai aimé ça ! »
Je me penche en avant pour mettre le plus de distance possible entre nous. Je suppose qu’il réfléchit, assemble les indices qu’il possède, jette un œil dans son Dictionnaire des Possibles à la lettre P ; P comme Pédé.
Finalement son corps entier me touche.
« T’sais, maintenant j’aimerais vraiment lire dans les pensées… »
Je reste plongé dans l’incertitude, le mystère. Mais étrangement le mystère a cette fois une dimension agréable. Raphaël me berce dans son aura, son acceptation tacite. Dans le monde, un instant, la violence n’existe plus. Je goûte quelque chose de plus puissant qu’un mot.
Il me confie ses écouteurs en me disant « Mets-les. »
En dessous, les effluves tièdes de la ville ne portent aucun bruit. Les autres flottent, derrière, dans leurs évanescences amniotiques.
J’aimerais poser mon dos contre son torse, compléter le contact. J’envisage même un mouvement involontaire…
« Écoute. Pour moi ça ressemble à du bonheur. »
« D’accord. »
J’essaie de répondre en silence, conscient que dans ma voix les sanglots ne peuvent qu’être interprétés comme tels.
Sur mes oreilles il applique la gigantesque douceur de ses mains. Il dit : « Franchement, je préfère quand tu souris. » Puis la musique anéantit l’univers sonore.

 

Ce texte est © Le Forban. Toute reproduction interdite sans l’autorisation explicite de son auteur.

Par Le Forban - Publié dans : Bocal de lumière (roman) - Écrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 09:53

Consternation.

Ce matin, difficile de rester concentré sur les deux candidats qui seront au deuxième tour. La pensée revient toujours vers cette troisième place de la honte attribuée à l’extrême-droite. Un score historique. Comme je le craignais, Marine Le Pen, bien plus subtile que son père, est parvenue à embobiner davantage de Français. J’essaie de me rassurer en me répétant que c’est impossible que 19% des électeurs soient des fascistes dans l’âme, que la majorité d’entre eux ont voté par bêtise et/ou par ignorance, mais ça ne me console pas vraiment… La désolation est encore plus forte en constatant qu’une bonne part de ces voix appartient à des 18-25 ans !

Comment a-t-on pu en arriver là ? Un cocktail explosif dont voici la recette :

un leader UMP qui depuis des années souffle sur les braises du Front National afin de s’attirer les bonnes grâces des électeurs de celui-ci, sans agir efficacement contre les extrémismes religieux

+ une femme de charisme à la tête du FN, clairement plus intelligente que son prédécesseur de père

+ des journalistes qui banalisent l’extrême-droite en présentant le FN comme un parti semblable aux autres

+ des médias qui ont renoncé à toute mission éducative pour amollir l’esprit des gens avec des divertissements abrutissants

+ une Education Nationale dont les programmes ne mettent pas suffisamment l’accent sur certains domaines (histoire de l’Europe, littérature du siècle des Lumières et du XXème, éducation civique dont le nombre d’heures annuel a fondu comme peau de chagrin)

+ le drame terrifiant de Toulouse et de Montauban.

Pourquoi cette analyse ? Parce qu’il est indispensable de connaître les facteurs qui ont convoyé un tel résultat, afin de les combattre un à un ! En effet, il ne suffit pas de s’indigner (même si c’est déjà un bon début), il faut maintenant agir, et ne pas perdre de vue que les électeurs de 2017, pour la plupart, sont encore des adolescents. C’est donc le devoir de chacun d’entre nous, en son âme et conscience, de lutter chaque jour contre l’ombre du fascisme, tout simplement en s’exprimant. Expliquer aux plus jeunes qu’on ne construit pas un pays sur l’intolérance et la haine de ses concitoyens, leur présenter les désastreux bilans des plus sombres aspects de notre histoire afin de les amener à réfléchir, prendre ses responsabilités de parents en inculquant les valeurs de notre République, ses responsabilités d’enseignants en apprenant aux élèves à penser pas eux-mêmes et à savoir démonter les propagandes extrémistes.

Les enfants d’aujourd’hui sont les électeurs de demain : si la France devait connaître un jour le chaos sous l’autorité légale des extrêmes (de gauche comme de droite), c’est que nous, adultes, aurions échoué dans nos devoirs éducatifs à l’égards des jeunes générations. Que ce soit par la parole, par l’écrit ou par l’art, luttons contre l’extrême-droite ! Mais n’ayons jamais recours à la violence et à la colère : ce sont les armes de notre ennemi.

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 15:25

Damien s'approcha vivement d'Antoine et, de son regard courroucé, poignarda les pupilles de son ami que la stupeur dilatait largement :

- Faut toujours que tu me contredises ! cracha Damien, férocement.

- C'est vrai, admit Antoine, contrit.

Fin

 

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Par Jay - Publié dans : Contes et nouvelles - Écrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Dimanche 1 avril 2012 7 01 /04 /Avr /2012 09:21

Je me rends bien compte que ça fait longtemps que je ne vous ai pas donné de mes nouvelles à travers ce Journal. Voici donc un petit article pour y remédier, en vous racontant tous mes petits instants de vie de ces derniers jours.

 

Ça y est : j’ai reçu ma carte de membre de TF1 ! Non seulement, je bénéficie maintenant de -5 % sur la vitrine du Télé Shopping, mais en plus, je pourrai rencontrer en exclusivité les candidats du prochain Secret Story, à leur sortie du loft ! J’ai bon espoir, à cette occasion, de pouvoir approcher Benjamin Castaldi pour lui demander un autographe…

 

Je me suis offert, pour l’hiver prochain, un super manteau de chez Gap avec un col en vraie fourrure. Pas cher du tout : il vient de Chine !

 

Le week-end dernier, Erwann et moi nous sommes offert un petit week-end à Toulouse. Mon homme m’a pris en photo devant l’immeuble de Mohamed Merah, et nous avons même retrouvé une douille oubliée sous une voiture ! Trop collector !!

 

Cette semaine, nous avons sabré le champagne avec des amis pour fêter la remontée de Nicolas dans les sondages. Je sais que nous ne devons pas nous réjouir trop vite, ce ne sont que des sondages, mais… je veux croire que les Français seront assez malins pour voter en faveur de celui qui, pendant ces cinq dernières années, a maintenu l’équilibre économique, la justice sociale et la sécurité dans notre pays en appliquant point par point toutes ses promesses de candidat de 2007. Dans le pire des cas, si nous nous retrouvons avec un deuxième tour Hollande/Le Pen, je voterai sans hésiter pour Marine : si, un jour, je deviens millionnaire (à force d’économiser en faisant mes courses au Leader Price), pas question d’être imposé à 75 % pour faire vivre des paresseux assistés !! Et puis, tout n’est pas faux dans ce que dit la candidate du FN : elle n’a vraiment rien à voir avec son père.

 

Hier soir, j’ai rédigé une pétition pour soutenir Total face aux critiques de Greenpeace. Faut arrêter avec ces conneries écolo ! Nous sommes bien contents d’avoir du carburant dans nos voitures pour nous déplacer chaque jour, alors que les fonds marins, ce n’est pas tous les jours qu’on en a besoin ! D’ailleurs, s’il le faut, j’arrête de manger du poisson pané, je m’en fous ! Dès que mon manifeste sera en ligne, je vous mettrai le lien, je suis sûr que vous serez nombreux à passer pour le signer, et ce ne sera pas par hasard.

 

Bon, j’arrête là mes bavardages : Erwann et moi devons filer à l’église pour la messe de 11 heures. Ensuite, nous déjeunerons au Mc Do, miam ! je me régale d’avance !

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Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 14 commentaires
Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 09:26

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été lucid dreamer. Le lucid dreaming (expression inventée par Stephen Laberge, professeur de psychophysiologie à l’université de Stanford, États-Unis), c’est la faculté de se dire, pendant la phase de sommeil paradoxal, « je sais que je suis en train de dormir et de rêver. Tout ce que je perçois n’existe pas, mais je vais faire comme s’il s’agissait d’une situation bien réelle. » Dès lors, le lucid dreamer, bien que profondément endormi, reste en pleine possession de ses capacités mentales, il peut penser, se remémorer sa vie réelle et agir sur le rêve à sa guise.

Certains scientifiques, sceptiques, pensent qu’il s’agit d’une illusion provoquée par une brève période de réveil au milieu du rêve. Il n’y a rien d’étonnant à ce que toutes les sommités ne tombent pas d’accord sur la question, dans la mesure où, aujourd’hui encore, on ignore à quoi servent les rêves. De nombreuses théories existent, aucune ne fait l’unanimité des spécialistes !

Pour ma part, que ce soit un fait avéré ou une illusion, je pratique le lucid dreaming depuis l’enfance. Pas dans tous mes rêves, mais dans la plupart. C’est ainsi que j’ai pu souvent exploiter mes songes nocturnes pour améliorer certaines performances dans ma vie éveillée.

lucid dreamingPar exemple, lycéen, craignant une mauvaise note en cours d’EPS lors de la pratique du saut en hauteur, j’ai utilisé mes phases de sommeil paradoxal pour m’entraîner à sauter sur le dos, en passant la tête la première par-dessus la barre, comme le prof en avait fait la démonstration. Cette fois, je ne craignais pas de me faire mal, puisque je savais que ce n’était qu’un rêve, je m’élançais donc sans hésitation. Le jour J, tandis que beaucoup de mes camarades sautaient en ciseaux ou freinaient des quatre fers en arrivant devant le matelas, je me suis contenté de reproduire ce que j’avais fait de nombreuses fois en rêve, sûr de moi grâce à cet entraînement virtuel. Je m’en sortais avec un 16/20, au grand étonnement de ceux qui me savaient médiocre en sport.

De même, il me suffisait, en rêve, de réciter plusieurs fois ma leçon ou mon poème devant toute la classe, pour que le lendemain la récitation ne soit plus qu’une formalité d’usage, car répétée maintes fois.

Pendant l’enfance, le lucid dreaming m’a permis de me forger des rêves agréables sur mesure : je pouvais rencontrer les personnages de fiction que j'aimais : me balader sur L’Île aux enfants, main dans la main avec Casimir ; voler à Candy son amoureux, le bel et blond Anthony ; nager tout nu avec Tom et Huck sur les bords du Mississipi ; m’envoler à bord du grand condor en compagnie d’Esteban, Tao et Zia ; aider Rémi à retrouver Mme Milligan ; me faire adopter par Dorothée…

De plus, prendre conscience de rêver, au beau milieu d’un cauchemar, était bien commode. J’avais même fini par élaborer une technique pour me réveiller, que j’appliquais chaque fois que je voulais échapper à mon cauchemar : au milieu de l’appartement familial, je m’allongeais sur le dos et, par la seule force de la pensée, je lévitais jusqu’à ce que mon nez ne soit plus qu’à quelques centimètres du plafond, puis je dirigeais mon corps flottant vers la fenêtre de la cuisine que je traversais (note de l’auteur : nous habitions au 16ème étage), je continuais à m’élever jusqu’à la terrasse où je gagnais l’emplacement qui devait se trouver au-dessus de mon lit, et, toujours en position allongée, je commençais à descendre, traversant la terrasse, le 17ème et dernier étage de l’immeuble, le plafond de ma chambre, puis je me laissais enfin tomber dans mon corps endormi et, instantanément, lorsque mon moi paradoxal et mon moi réel ne faisaient plus qu’un, je me réveillais.

Malheureusement, mes talents de lucid dreamer étaient variables d’un rêve à l’autre, et il m’arrivait de ne pas parvenir à léviter et de devoir affronter mon cauchemar, qui finissait par m’épouvanter comme s’il s’agissait de la réalité. Le « blocage » qui m’empêchait de me réveiller, c’était le fait qu’avant la puberté, j’étais somnambule. Je craignais donc qu’en passant par la fenêtre de la cuisine, mon moi réel n’en fasse autant. Par conséquent, il me semblait plus raisonnable d’affronter pour de faux la chose dans l’obscurité que de me défenestrer pour de vrai…

A mesure que je me suis enfoncé dans l’âge adulte, ma capacité de pratiquer le lucid dreaming s’est considérablement altérée et raréfiée. Aujourd’hui, tout ce qui m’en reste, dans quelques rêves, c’est la certitude que je suis en train de rêver, mais je ne parviens plus à agir sur le déroulement de mes songes. Dommage, j'aurais pu m'offrir des rêves érotiques à la hauteur de mes phantasmes les plus secrets...

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 11:07

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Dans l'aube se détache ma silhouette déjà fatiguée. Vraiment quelle nuit de merde ! J'ai repensé à ce rêve absurde jusqu'au matin. Surtout à la tonne de questions gênantes qu'il soulevait. Impossible de m'en dépêtrer. Impossible de tout ranger proprement. Y a pas à dire... Le sperme ça tache.

« Salut ! »
Raphaël s'est approché à contre-jour. Il a l'air plus petit, pour un peu je ne l'aurais pas reconnu.
« T'as pas eu de problèmes ce matin ? »
Je me rappelle avoir jeté un œil dans la ruelle où j'ai vomi. Le chat n'y était plus. Il n'y avait rien.
« Non, ça a été... Pas tous les matins quand même. »
Je tente d'être agréable, de tenir sur le socle glissant de la plaisanterie. Avec le secret espoir de devoir rester concentré, de ne pouvoir penser à rien.
« Tant mieux... »
C'est raté... Sa tête tourne, son profil découpe les nuages bleus. Il est à nouveau, un instant, distant. Le rêve revient. Son imposante droiture, son silence, sa masse de mousse...
Dans le soleil de l'aube il ne peut pas voir que je rougis. Heureusement...
« Bon... Ça va bientôt sonner ! Je vais... »
« Attend, on y va ensemble ! »
Sa main saisit, en traversant le ciel, un début de chaleur. Mon épaule la reçoit comme un météore. BOUM ! Extinction des dinosaures...
Je sens une vibration monter dans ma gorge et dans mes yeux. Quelque chose de noir et d'irraisonné grimpe dans mon œsophage, va bientôt sortir et dire ce qu'il a à dire. Et je ne sais même pas ce que c'est !
« Je... J'ai... J'ai rêvé d'toi... » Catastrophe !!!
C'est le moment qu'Eliz choisit pour jaillir de la foule, empoigner son jouet et le tirer par le col.

« Hé ! Qu'est-ce que tu fais ? On discutait... » s'offusque un Raphaël moins impassible qu'à l'accoutumé.
Eliz ne dit rien mais s'arrête. Comment oses-tu, Être impur ?! s'affiche en néons rouges au fond de deux oléoducs de mépris.
Raphaël a le courage de s'y plonger, il soutient son regard.
C'est déjà un exploit en soi et il mériterait de l'aide mais le contact d'Eliz me neutralise. Entre mes neurones plus rien ne court ; électricité morte, synapses pacifiées... Je ne profite pas vraiment.
Ce qui est sûr c'est qu'un fil palpable semble attacher leurs paupières ensemble. Il est tendu, tendu, tendu ! A mon avis, ils attendent qu'un oiseau s'y pose. Mais comme aucun piaf ne se décide une ménagère qui passait par là y suspend son linge... Rideau. Eliz m'emporte.

Je suis parfaitement incapable d'écouter ce que la prof déblatère.
Mon cerveau, en arrière-plan, emboîte des engrenages de cuivre. Il en manque encore plusieurs pour compléter le canevas mais Bordel de merde ça rentre pas !
C'est un cours de français, je crois. Oui, c'est Deneuve. Elle ressemble à l'actrice. Elle est juste moins blonde.
Elle parle sans s'interrompre. Elle déblate, elle dévide, elle évide ! Sans arrêt, sans cesse ! Comment fait-elle ? Elle dit : « foin des bocks et de la limonade ». Le long parchemin de ses notes se déroule comme une langue immense ; j'imagine qu'il recouvre peu à peu les premiers rangs, fait disparaître les chaises, les garçons, les filles...
L'écume de papier Clairefontaine vient mourir sous la table de Raphaël.
Aux pieds il porte une variante étrange de Richelieus. Aux jambes un pantalon de garçon sage qui le serre un peu. « On se laisse griser ! La sève... » Le tissu se plisse lorsqu'il n'épouse pas ses courbes... Derrière les genoux... A l'entrejambe... Il y a comme un gonflement, une petite dune. L'impression d'un mouvement, la palpitation d'un ani...
« Tu mates ? » La voix d'Eliz.
Je franchis instantanément trois niveaux de contraste. Je me solarise.
« Qu...Quoi ? Ça va pas ? »
Elle s'allonge sur la table et murmure en prenant soin de clairement séparer les mots : « Tu... mates. »
Rien à faire. Je préfère l'ignorer. Je perçois moi-même l'incandescence de mes joues. Pour me donner une contenance et distraire la panique je laisse ma main écrire toute seule.
Raphaël Raphaël Raphaël...


Pendant le reste de la matinée Eliz ne m'a plus parlé. Toujours à ma gauche elle semble réfléchir, irascible, troublée par le moindre bruit. Je n'ose pas la déranger, incapable d'envisager le fil de ses pensées, incapable de savoir quoi penser moi-même. Qu'est-ce que c'est que cette obsession pour Raphaël ? Je le regarde tout le temps... Juste parce qu'il est gentil avec moi ? J'suis pas si con que ça !... Et puis le rêve... Pourquoi je lui ai dit ça ?! Si, en définitive, je suis con !
La cloche annonçant la fin du cours sonne. Eliz se lève. Va voir Raphaël. Qu... Non !! Elle lui dit quelque chose à l'oreille. Je ne comprends pas du tout... Elle ne m'a rien dit, on a pas parlé !...
Raphaël la regarde s'éloigner avec un air incrédule resplendissant de nouveauté. Maintenant il s'approche. Je croise les doigts, je serre le cœur pour pouvoir survivre à la honte.
Il scotche quelques secondes sur mon visage contrit et pouffe. Même pas de mise à mort ?
« Ta copine est vraiment bizarre... Qu'est-ce que t'as ? »
« R-Rien...Tu... Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? »
« Elle m'a dit : Ne le casse pas. »

...
Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 18:15

lumiere

Je suis chez mes parents, ou chez moi, ou dans n’importe quel lieu où il m’est arrivé de séjourner. C’est la nuit, l’aube ou le crépuscule. Mais, hormis le changement d’espace-temps, c’est toujours le même rêve.

Je me réveille, je veux allumer ma lampe de chevet pour avoir de la lumière. Clic ! Clac ! Rien à faire. L’ampoule doit être grillée. Ou bien, c’est encore cet affreux cauchemar que je fais depuis l’enfance. Une seule façon de le savoir : je me lève et j’appuie sur l’interrupteur. Rien ne se passe, je m’acharne (Clic ! Clac ! Clic ! Clac !) mais je reste plongé dans l’obscurité. Le réveil numérique fonctionne, ce n’est donc pas une panne d’électricité. Or, deux ampoules mortes en même temps, c’est hautement improbable. Il s’agit vraisemblablement de ce rêve, et il va revenir.

Tout n’est pas perdu, vite ! l’interrupteur dans le couloir : si la lumière est, c’est que je ne rêve pas et que les deux ampoules qui refusent de s’illuminer en même temps, ce n’est rien de plus qu’une fâcheuse coïncidence. Ça ne marche pas, la lumière n’est pas. Plus le moindre doute possible, je suis en train de rêver, et je ne me réveillerai pas tant qu’il n’aura pas surgi de la pénombre pour m’envelopper de ses bras menaçants et répugnants.

Mais, où vais-je me réveiller ? Pas chez mes parents, pitié ! Pourvu que les dernières années de ma vie n’aient pas été un simple rêve elles aussi ! Pourvu qu’Erwann soit là quand je ne pourrai retenir le cri étouffé qui m’échappe chaque fois qu’il me saisit à bras-le-corps.

Je suis mort de peur, je ne m’y habituerai jamais. J’ai beau savoir que c’est un rêve... tout autour de moi et en moi a l’air si réaliste ! Si je pleure et que je demande pitié, la lumière reviendra-t-elle ? Non, je le sens qui sort de la pénombre, je me promets de ne pas crier, pour ne pas effrayer mes parents dans la chambre à côté, ou, je l’espère, Erwann allongé contre moi. Mais quand ses bras s’enroulent instantanément autour de moi, m’attirant vers sa bouche pleine de baisers ou de crocs, je hurle.

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 11:17

Raoul, vicomte de Bragelonne, est un adolescent beau, honnête et courageux, pupille du valeureux Athos. Le jour est venu où le jeune homme doit quitter le fameux mousquetaire pour partir à la guerre.

Raoul-vicomte.jpg Le soleil, déjà radieux, pénétrait dans la chambre par la fenêtre à larges panneaux, dont Raoul, rentré tard, avait négligé de fermer les rideaux la veille. Il dormait encore, la tête gracieusement appuyée sur son bras. Ses longs cheveux noirs couvraient à demi son front charmant et tout humide de cette vapeur qui roule en perles le long des joues de l’enfant fatigué.

Athos s’approcha, et le corps incliné dans une attitude pleine de tendre mélancolie, il regarda longtemps ce jeune homme à la bouche souriante, aux paupières mi-closes, dont les rêves devaient être doux et le sommeil léger, tant son ange protecteur mettait dans sa garde muette de sollicitude et d’affection. Peu à peu Athos se laissa entraîner aux charmes de sa rêverie en présence de cette jeunesse si riche et si pure. Sa jeunesse à lui reparut, apportant tous ces souvenirs suaves, qui sont plutôt des parfums que des pensées. De ce passé au présent il y avait un abîme. Mais l’imagination a le vol de l’ange et de l’éclair ; elle franchit les mers où nous avons failli faire naufrage, les ténèbres où nos illusions se sont perdues, le précipice où notre bonheur s’est englouti. Il songea que toute la première partie de sa vie à lui avait été brisée par une femme ; il pensa avec terreur quelle influence pouvait avoir l’amour sur une organisation si fine et si vigoureuse à la fois.

En se rappelant tout ce qu’il avait souffert, il prévit tout ce que Raoul pouvait souffrir, et l’expression de la tendre et profonde pitié qui passa dans son cœur se répandit dans le regard humide dont il couvrit le jeune homme.

À ce moment Raoul s’éveilla de ce réveil sans nuages, sans ténèbres et sans fatigues qui caractérise certaines organisations délicates comme celle de l’oiseau. Ses yeux s’arrêtèrent sur ceux d’Athos, et il comprit sans doute tout ce qui se passait dans le cœur de cet homme qui attendait son réveil comme un amant attend le réveil de sa maîtresse, car son regard à son tour prit l’expression d’un amour infini.

– Vous étiez là, monsieur ? dit-il avec respect.

– Oui, Raoul, j’étais là, dit le comte.

– Et vous ne m’éveilliez point ?

– Je voulais vous laisser encore quelques moments de ce bon sommeil, mon ami ; vous devez être fatigué de la journée d’hier, qui s’est prolongée si avant dans la nuit.

– Oh ! monsieur, que vous êtes bon ! dit Raoul.

Athos sourit.

– Comment vous trouvez-vous ? lui dit-il.

– Mais parfaitement bien, monsieur, et tout à fait remis et dispos.

– C’est que vous grandissez encore, continua Athos avec un intérêt paternel et charmant d’homme mûr pour le jeune homme, et que les fatigues sont doubles à votre âge.

– Oh ! monsieur, je vous demande bien pardon, dit Raoul honteux de tant de prévenances, mais dans un instant je vais être habillé.

(...)

Athos sourit.

– Vous êtes une noble nature, dit-il, voici votre épée.

Raoul mit un genou en terre.

– Elle a été portée par mon père, un loyal gentilhomme. Je l’ai portée à mon tour, et lui ai fait honneur quelquefois quand la poignée était dans ma main et que son fourreau pendait à mon côté. Si votre main est faible encore pour manier cette épée, Raoul, tant mieux, vous aurez plus de temps à apprendre à ne la tirer que lorsqu’elle devra voir le jour.

– Monsieur, dit Raoul en recevant l’épée de la main du comte, je vous dois tout ; cependant, cette épée est le plus précieux présent que vous m’ayez fait. Je la porterai, je vous jure, en homme reconnaissant.

Et il approcha ses lèvres de la poignée, qu’il baisa avec respect.

– C’est bien, dit Athos. Relevez-vous, vicomte, et embrassons-nous.

Raoul se releva et se jeta avec effusion dans les bras d’Athos.

– Adieu, murmura le comte, qui sentait son cœur se fondre, adieu, et pensez à moi.

– Oh ! éternellement ! éternellement ! s’écria le jeune homme. Oh ! je le jure, monsieur, et s’il m’arrive malheur, votre nom sera le dernier nom que je prononcerai, votre souvenir ma dernière pensée.

 

Alexandre Dumas, Vingt ans après (1845), extraits du chapitre XXIV, Saint-Denis

 

Je ne saurais trop vous conseiller de lire la trilogie des mousquetaires, qui se compose des Trois Mousquetaires, de Vingt ans après et du Vicomte de Bragelonne : une façon de (re)découvrir la grande Histoire sous Louis XIII et sous Louis XIV, racontée comme un feuilleton captivant plein de rebondissements !

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 11:30

Lire Le Voile bleu (partie 2)

Scorpion

Chaque journée devient plus chaude que la veille, l’été installe ses quartiers dans le désert, et l’air s’emplit toujours davantage du bruit atone des scorpions allant çà et là. « Oh ! Assam, me dit ma mère un matin, je crois que je ne pourrai le supporter un jour de plus, ce bruit va me rendre folle ! » Je ne réponds pas. Mon père ne dit rien non plus, il garde un visage tendu et soucieux. Il revient, muet, de sa réunion avec les autres hommes nobles du campement. Son silence est pire que tout. Je comprends qu’il se prépare quelque chose de si grave qu’il ne sait comment nous en parler.

Je sors du héhékit de mes parents pour rejoindre Mohada, peut-être qu’il pourra m’expliquer ce qu’il se passe puisque, portant le voile bleu, il a pu siéger avec les autres hommes. Je le retrouve scrutant le lointain, le regard perdu et inquiet. Je lui demande ce qu’il se passe. Sans dire un mot ni même me regarder, il tend l’index vers l’horizon. Un horizon brun qui semble se mouvoir vers nous à toute vitesse. Il me faut un moment pour que mon esprit identifie ce que mes yeux lui montrent. Aussi loin que je puisse voir, de toutes les directions, les scorpions marchent, les uns contre les autres, si serrés qu’on croirait que c’est le sol lui-même qui se déplace. Il n’y a pas le moindre espace entre chaque arachnide et leur nombre est infini. Ils marchent tous vers le nord. Et, entre cette armée de scorpions et le nord, se trouve notre campement.

Mohada me prend par la main qu’il écrase douloureusement et m’entraîne au milieu des héhékits. « Enfermez-vous sous vos tentes ! crie-t-il d’une voix que l’angoisse rend aiguë. Les scorpions arrivent ! Ne leur laissez aucune ouverture ! » Puis, nous nous précipitons dans mon héhékit que nous nous apprêtons à calfeutrer. Lorsque, soudain, je réalise :

– Zoua ! Ma petite Zoua ! Elle est restée dehors !

– Mais non, elle doit être avec tes parents, dit mon cousin qui se veut rassurant.

– Non, non, j’en viens, elle n’y était pas ! Faut que j’aille la chercher.

– C’est hors de question, les scorpions seront bientôt là, nous n’avons pas un instant à perdre.

Sans chercher à discuter davantage, je m’élance vers l’extérieur. Mohada me retient in extremis par le bras et me tire à m’en faire tomber sur les fesses. « Reste ici, je la ramène, m’ordonne-t-il avec une intonation qui exclut la moindre discussion. » De longues secondes s’écoulent, pendant lesquelles je me jure de ne pas survivre à mon cousin s’il lui arrive malheur par ma faute. Enfin, il pénètre dans le héhékit, ma petite chatte des sables dans les bras. En pleurant de soulagement et de gratitude, je couvre le voile de Mohada de baisers. Cela ne lui déplaît pas, mais il me rappelle à la réalité : il faut enterrer les peaux qui constituent les parois de notre abri, et veiller à ce qu’aucun interstice ne subsiste.

Tout en nous affairant, mon cousin m’explique : « Les Vieux nous ont raconté qu’une à deux fois par siècle, au début de l’été, les scorpions pullulent et se rassemblent pour aller vers le nord. Ils sont comme pris de folie, ils ne contournent aucun obstacle, avancent toujours tout droit. Ils vont traverser notre campement comme si nous n’étions pas là, n’hésitant pas à piquer tout être vivant restant sur leur passage. » Comme pour lui donner raison, le bruit des scorpions ne fait qu’amplifier, puis nous percevons, le long des peaux du héhékit, les grattements de leurs pattes râpeuses. Je m’aperçois, avec un frisson dans le dos, que nous avons oublié une ouverture vers le nord. Pourtant, aucun scorpion ne s’y aventure. « Rien ne peut les détourner de leur marche vers le nord, dis-je, effaré. »

Les minutes sont comme des heures, tandis que nous écoutons le piétinement incessant de leur pattes griffues. Nous distinguons régulièrement un clapotis qui semble provenir du puits qui se trouve non loin de notre refuge. « Ils sont tellement obnubilés par leur route qu’ils ne contournent même pas le puits, comprend Mohada. Ils se jettent dedans aveuglément ! »

Mon bien-aimé me serre dans ses bras : « Tu n’as rien à craindre, mon petit Assam, je te protégerai : si un scorpion parvient à se faufiler à l’intérieur, je le tuerai, comme celui de l’autre jour. Jamais je ne laisserai quoi que ce soit te faire du mal. » Amoureusement blotti contre lui, je ne peux que le croire.

Tout à coup, le frottement monocorde de cette marche rampante est déchirée par des bêlements et des blatèrements affolés, douloureux. Les scorpions piquent le bétail et les dromadaires !

– On ne peut pas rester là sans rien faire, Mohada !

– Pas question de sortir, petit cousin, ce serait la mort assurée. Il faudrait être magicien pour survivre à ce flot de minuscules assassins à cuirasse !

En entendant ces mots, ma main se porte aussitôt au shérod que m’a donné Kibala. D’instinct, je suis convaincu qu’il pourrait chasser les scorpions du campement. Mais le fétiche qui se trouve à l’intérieur est à usage unique, et le Vieux me l’a offert pour que je puisse rester pour toujours avec Mohada… Oui, mais sans bétail ni dromadaires, nos deux groupes seront ruinés et affamés : notre bonheur, à mon cousin et à moi, a-t-il la moindre chance de s’épanouir dans ces conditions ? Je n’ai plus le temps de réfléchir davantage. Je prends le petit sac de cuir vert suspendu à mon cou et je m’extirpe en un éclair des bras de mon cousin. Avant même qu’il ait le temps de réaliser ce que je fais, je suis dehors, sur le seuil du héhékit, brandissant le shérod.

La peur écrase mon cœur d’une main glacée avant que je réalise que les petits démons noirs s’écartent vivement de moi et de ma tente. Non, je me trompe ! C’est bien plus que cela : ils s’écartent du campement tout entier ! La vague brune poursuit inlassablement son chemin vers le nord, mais en contournant nos habitations et nos animaux ! Je continue pendant plusieurs minutes à brandir le shérod, n’osant abaisser mon bras. Mon cousin m’a rejoint et, par derrière, enserre ma taille de ses mains fortes et me répétant : « Tu es un héros, mon petit Assam ! Tu es fou et tu mériterais une correction, mais tu es un héros ! »

A mesure que s’éloigne la marche des scorpions, les gens sortent de leurs abris, regardant autour d’eux, l’œil suspicieux. Mohada, joyeux et fier, raconte à tout le monde ce que j’ai fait. Je suis fier, moi aussi, très fier, mais non joyeux : le shérod ne fonctionnera plus, désormais, j’ai perdu tout chance de rester avec mon cousin bien-aimé. La vague des scorpions commençant à disparaître vers l’horizon du nord, je cherche à changer le cours de mes pensées sombres en regardant dans le shérod : puisqu’il est devenu inutilisable, je n’ai aucune raison de ne pas découvrir à quoi ressemble le fétiche qu’il renferme. C’est un petit scorpion en or.

 

Je ne m’attendais pas à une telle fête ! Une fête donnée en mon honneur ! Les femmes, les hommes et les enfants chantent mon nom. On me sert à boire et à manger, on me tapote amicalement le dos, on m’embrasse avec enthousiasme. Mon bonheur pourrait être à son comble si le groupe de Mohada ne partait pas demain matin. « Tu sembles triste, Assam, constate mon père. Comment est-ce possible ? Tu as sauvé nos deux groupes d’une famine certaine ! Peut-être est-ce cela qui te manque ? ajoute-t-il en me tendant un voile bleu. » C’est un tiguelmoust ! Pour moi ! Mon père me considère désormais comme un homme !

– Est-ce que ça signifie que je peux partir demain avec Mohada ?

– Je regrette que tu veuilles nous quitter, mais je comprends aussi l’attachement qui te lie à ton cousin. Maintenant que tu es un homme, tu peux aller où bon te semble… Promets-moi seulement de continuer à faire preuve de courage et d’altruisme afin d’honorer le voile bleu.

Fin

Relire Le Voile bleu (partie 1)

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Samedi 10 mars 2012 6 10 /03 /Mars /2012 15:50

Lire Le Voile bleu (partie 1)

Mon cœur me semble gelé, en croyant voir quelqu’un pénétrer dans mon héhékit. Les doigts de Mohada se resserrent sensiblement sur mes bras. Mais, ce n’est que Zoua, qui s’arrête en nous regardant de ses larges pupilles ouvertes par la pénombre et la curiosité. Ma petite chatte des dunes sera donc le seul témoin du baiser que m’a offert mon cousin. Nous retournons auprès de notre famille, danser et chanter autour du feu, avant que l’on commence à s’étonner de notre absence. Mais je n’ai plus qu’une envie : que vienne une heure suffisamment tardive pour que nous puissions aller nous coucher sans susciter d’interrogations de la part de nos parents.

C’est la vive fraîcheur et la position des étoiles qui nous indiquent que le moment est venu. Déjà, les plus vieux se sont retirés sous leurs tentes. D’un commun accord, Mohada et moi faisons de même. La tiédeur à l’intérieur du héhékit s’apparente presque à une chaleur saisissante, par contraste avec le froid nocturne. Sans la moindre hésitation, mon cousin commence à se déshabiller, me tournant le dos.

Malgré la faible lumière rougeâtre des tisons, je devine parfaitement le contour de ses fesses rondes et duveteuses que je mords de brefs regards, tout en me dévêtant moi-même. Comme il est musclé ! Son dos paraît si puissant ! Mon qad’ib est en érection, je ne peux rien y faire, il est si tendu qu’il me fait un peu mal. Je ne dois pas montrer à Mohada ce qu’il provoque en moi, je vais vite m’allonger sur la natte de paille, ventre vers le sol. Trop tard. Il s’est retourné et observe ce que j’essaie de dissimuler maladroitement avec mes mains. Il ne semble pas fâché, au contraire, je crois bien qu’il sourit. D’ailleurs, lui-même est dans le même état. Enfin, quand je dis « même état », c’est à un détail près.

– Oh ! ne puis-je m’empêcher de m’exclamer, tu as la plus belle queue que j’ai jamais vue ! Elle est énorme et tellement raide !

– Retire tes mains, que je vois si c’est de famille, me répond-il.

Je m’exécute, et mon cousin laisse échapper une interjection grossière mais admirative. Je me sens très fier. Jamais on ne m’avait regardé ainsi.

– Je veux que, cette nuit, tu sois à moi, mon petit Assam, me déclare-t-il.

– A toi ? Comment cela ?

Mohada s’approche de moi et me donne de nouveau un baiser sur la bouche, cette fois sans voile entre nous. La pointe de sa langue entrouvre mes lèvres, force le barrage de mes dents. Quand sa langue rencontre la mienne, mon qad’ib est serré contre le sien, et je me dresse sur mes orteils, enlaçant sa tête de mes bras, de crainte qu’il ne s'éloigne. Extase plus profonde que toutes celles que j'ai connues dans mes rêves. Soudain, mon cousin se met à genou devant moi et entreprend de laper le fluide transparent qui ne cesse de sourdre de ma queue.

– C’est bon, c’est salé, dit-il. Je pourrais en avaler comme ça toute la nuit. Es-tu d’accord pour que j’essaie de faire sortir ton lait de qad’hib, celui que tu laisses jaillir la nuit quand tu rêves de moi ?

– Comment sais-tu ?...

Mohada prend ma question pour une réponse affirmative. Je ne déments pas. Jusqu’au lever du soleil, tout n’est que délices, puis nous nous endormons, le grand corps de mon cousin pesant sur le mien comme un âne mort.

voile-bleu-2.jpg

L’astre du jour est déjà bien haut lorsque je suis réveillé par de petits baisers piquants sur le front, le nez et le cou.

– Pars avec moi, accompagne notre groupe, me supplie Mohada avec une infinie tendresse dans la voix.

– Mon père n’acceptera jamais. Déjà qu’il pense que je n’ai pas l’âge pour porter le tiguelmoust…

– Tu ne m’aimes plus ? Tu ne veux pas venir avec moi ?

– Si ! Bien sûr que si ! Je ne veux plus être séparé de toi ! Je vais aller demander la permission de suivre ton groupe, je saurai convaincre mon père !

Hélas ! comme je le craignais, mon père demeure sourd à tout argument. Il ne comprend pas pourquoi je préférerais vivre avec mon oncle plutôt qu’avec lui. Il est vrai que je suis bien incapable de lui livrer mes raisons.

Lorsque je le quitte, je dois avoir l’air bien soucieux car Kibala-le-Vieux, le sage de mon groupe, me prend par la manche et m’entraîne sous sa tente.

– Un garçon si jeune et de si noble lignée ne peut errer dans notre camp avec une mine si triste qu’on la devine sous son litham, décrète-t-il ! Les maux viennent avec les saisons qui passent, toi tu as l’âge de l’insouciance. Que t’arrive-t-il ?

– J’aimerais partir avec le groupe de mon cousin… enfin, de mon oncle. Pour voir des terres sur lesquelles notre groupe à nous ne va jamais. Mais mon père pense que je suis trop jeune. Il ne veut même pas que je porte le voile bleu avant mon prochain anniversaire !

– Des terres que tu n’as jamais vues ? Elles te sembleraient d’autant plus belles que tu les découvrirais en compagnie d’une personne chère à ton cœur, n’est-ce pas ? me demande-t-il, avec un sourire gentiment moqueur.

Sans attendre ma réponse, qui ne serait pas venue, Kibala fouille dans un grand sac et en ressort une petite pochette de cuir vert. Il me la tend en m’expliquant qu’il s’agit d’un shérod, un porte-bonheur que je dois garder autour du cou.

– Comment dois-je l’utiliser ?

– Quand le moment sera venu, tu le sauras. Mais, attention : tu ne dois en aucun cas regarder le fétiche que contient la pochette, et sache que ce shérod ne peut servir qu’une seule fois ! Tu dois donc le conserver précieusement pour que ton père te laisse partir avec l’autre groupe lorsque l’occasion se présentera. Si tu en fais un autre usage, je ne pourrai plus rien pour toi !

Sans plus tarder, plein d’espoir, je vais retrouver mon cousin, qui puise de l’eau pour les bêtes, et lui rapporte les paroles de Kibala en lui montrant le shérod sur ma poitrine.

– Puisse ton shérod nous protéger des scorpions ! déclare Mohada.

– Pourquoi dis-tu cela ?

– Nous sommes plusieurs à avoir constaté qu’il y avait déjà beaucoup de ces sales bêtes, alors que l’été est à peine là. Personne n’a encore été piqué, mais les scorpions sont si nombreux cette année qu’ils ne se cachent même pas dans leurs trou ou sous les pierres à notre arrivée. Ils semblent nous défier en restant immobiles et… ne bouge pas, Mohada. Pour l’amour du Ciel, ne bouge pas.

Vif comme la foudre, mon cousin dégaine le poignard passé dans sa ceinture et s’abat sur le scorpion qui menace juste derrière mon talon, le transperçant en plein milieu de sa carapace noire et luisante. Je demeure tétanisé par la peur qui me gagne après coup. Mohada me sert dans ses bras, tremblant. Il me dit qu'il deviendrait fou s'il me perdait.

Jour après jour, les scorpions se font de plus en plus nombreux. Pour un scorpion que nous tuons, deux semblent prendre sa place. A tel point que, par moment, le vent ne souffle plus assez fort pour effacer le grattement monotone de leurs pattes sur le sable et les rochers.

A suivre…

Lire Le Voile bleu (partie 3)

 

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Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 10:49

Parce que je vous ai livré un petit article sur les super-héros de l’univers Marvel, vous vous êtes crus infaillibles sur le sujet. Mais, voilà : au dernier dîner donné par M. l’Ambassadeur, on n’a fait que parler de Superman et de ses comparses de l’univers DC. Et vous vous êtes sentis légèrement en décalage. Voici donc un article consacré à ces personnages, afin que vous ne vous affichiez plus en confondant Namor, monarque d’Atlantis, et Aquaman, euh… monarque d’Atlantis.

L’Âge d’or

superman.jpgTout commence en 1938, avec les débuts de Superman, créé par Jerry Siegel et Joe Shuster. Son véritable nom est Kal-El, de la planète Krypton. Ses parents l’ont envoyé sur Terre, alors qu’il n’était qu’un bébé, pour échapper à la destruction de leur monde. Il est recueilli par Jonathan et Martha Kent, qui le rebaptisent « Clark ». Bien vite, Clark Kent va développer des pouvoirs extraordinaires au contact de notre soleil jaune (celui de Krypton était rouge), et devenir le super-héros le plus célèbre du monde.

batman.jpgEn 1939, on a l’idée de lancer un autre super-héros : Batman, créé par Bill Finger et Bob Kane. Bruce Wayne, de son vrai nom, est un millionnaire qui met sa fortune au service de sa lutte contre le crime. Bat-cave, Batmobile, gadgets et armes redoutables… tout est bon pour incarner un Batman puissant, protecteur de Gotham City.

hawkman.jpgLe succès de Superman et de Batman est tel que les éditeurs de DC décident d’augmenter le nombre de leurs super-héros. En 1940, c’est au tour de Hawkman. Dans le civil, il s’appelle Carter Hall et il est la réincarnation de Khufu, un prince égyptien de l’Antiquité qui a acquis de grands pouvoirs en découvrant l’épave d’un vaisseau spatial provenant de la planète Thanagar où l’on révère les oiseaux.

wonder-woman.jpgEn 1941, William Moulton Marston et Harry G. Peter donnent naissance à Diana, alias Wonder Woman, fille d'Hippolyte et, donc, princesse de Amazones, un peuple de femmes guerrières dévouées aux dieux de l’Olympe. La même année, le play-boy milliardaire, Oliver Queen, met ses talents d’archer au service des opprimés, dans le costume de Green Arrow.

justin-hartley.jpgGreen Arrow interprété par Justin Hartley (pour la série TV Smallville)

Toujours en 1941, apparaît Aquaman, créé par Paul Norris. Sous ce pseudo de super-héros, Orin (appelé Arthur Curry chez les Humains), roi d’Atlantis, lutte pour le bien et la justice.

aquaman.jpgaquaman2.jpgLe jeune Orin, encore inexpérimenté, se fait capturer par un homme qui se pose beaucoup de questions à son sujet (par Robert L. Fleming)

En 1952, apparaît un nouveau concept qui va séduire les lecteurs : faire se rencontrer les héros de différentes séries. C’est ainsi que Superman et Batman s’associent pour lutter contre le crime. Nous en sommes aux balbutiements d’un « univers » DC. Mais, ce qui est convenu d’appeler l’Âge d’or s’achève, dans la première moitié des années 50, par deux coups durs.

D’abord, la désaffection des lecteurs pour les super-héros. Ensuite, une censure qui se manifeste en 1954 par la création du Comics Code Authority, dont le badge va devoir désormais orner les couvertures des comic books, sous peine que ceux-ci soient considérés comme des revues pour adultes et que les enfants n’y aient plus accès.

Cette décision est née de la campagne qu’un psychiatre, Fredric Wertham, a mené contre la bande dessinée qu’il accuse de pervertir la jeunesse. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase : on a découvert, dans une aventure de Batman, Bruce Wayne et Dick Grayson (alias Robin, partenaire de l'homme chauve-souris) partageant le même lit. Wertham explique à qui veut bien l'entendre que les histoires de Batman ne peuvent qu'inciter les enfants à assouvir des phantasmes homosexuels ! De plus, il déclare que Wonder Woman, parce qu'elle a la force et l'indépendance d'un homme, et qu'elle vit sur une île peuplée de femmes, est lesbienne ! Une commission veillera désormais à ce que les comic books qui portent le label CCA ne fassent aucune allusion à la sexualité, à la violence ou à l’horreur. De plus, jamais un héros ne pourra adopter un comportement jugé immoral.

batman-robin.jpg

L’Âge d’argent

Dès le milieu des années 50, les éditeurs de DC réagissent à la chute des ventes en lançant de nouveaux super-héros, plus modernes, plus en adéquation avec leur époque. On modernise Superman en mettant l’accent sur son héritage kryptonien (davantage de science-fiction, donc).

martian.jpgEn 1955, on crée J’Onn J’Onzz, alias Martian Manhunter, le Martien métamorphe et invulnérable (sauf au feu) réfugié sur Terre, qui va défendre celle-ci contre le mal, qu'il soit d'origine terrestre ou cosmique.

flash.jpgEn 1956, Barry Allen, chimiste de la police devient, à la suite d’un accident de laboratoire, Flash, l’homme le plus rapide du monde, détenteur de la « force véloce ».

green-lantern.jpgEn 1959, le pilote d’essai Hal Jordan se voit offrir par les vénérables Gardiens de l’Univers un anneau de pouvoir aux propriétés fabuleuses, qui font de lui le Green Lantern, protecteur du secteur spatial dans lequel se trouve la Terre.

En 1960, on pousse plus loin l’idée apparue en 1952 de réunir des super-héros, en créant une super-équipe : la Ligue de Justice d’Amérique, qui rassemble Superman, Batman, Wonder Woman, Flash, Aquaman, Martian Manhunter, Green lantern et Green Arrow. La « JLA » est un franc succès.

Toujours en 1960, dans le titre Superman' pal Jimmy Olsen (épisode 44), on découvre un Jimmy Olsen (ami de Clark Kent) travesti en femme, avec une belle robe verte à pois, un sac à main et un élégant béret ! Un pied de nez courageux pour le CCA, dont la commission ne réagit pas.

La crise du comic books de super-héros semble déjà bien loin. A tel point que les éditeurs ne résistent pas à la tentation d’aller rechercher des super-héros de l’Âge d’or. Oui, mais voilà : quand, au cours de l’Âge d’argent, certains d’entre eux ont été revisités pour être mis au goût du jour, comment maintenir la continuité de l’univers DC ? Par exemple, comment expliquer la disparition de Jay Garrick, le Flash de 1940, et pourquoi ne s’est-il pas manifesté quand Barry Allen a acquis ses pouvoirs ? Même problème avec Alan Scott, premier Green Lantern, et Hal Jordan.

La solution est à la fois simple et géniale : tous les super-héros de DC de l’Âge d’or qui avaient « disparus » se trouvaient en réalité dans une autre dimension (appelée Terre-2). C’est cette dimension que l’on a donné à voir aux lecteurs, de 1938 à 1954 ! Depuis 1955, à leur insu, les lecteurs suivent les aventures des super-héros de Terre-1 ! Cela implique donc l’existence de deux Superman, de deux Batman, de deux Wonder Woman et, du même coup, le lecteur comprend que les incohérences apparues lors de la modernisation de l’Âge d’argent n’étaient qu’apparentes. La cohésion de l’univers DC est donc sauvé grâce au concept de « multivers ».

Mieux : on va inventer d’autres dimensions que celles de Terre-1 et de Terre-2, et les super-héros vont pouvoir, à l’occasion d’accidents, passer de l’une à l’autre, provoquant des rencontres épiques, prétextes à des sagas cosmiques et inter-dimensionnelles passionnantes.

L’Âge de bronze

Cette période débute au tout début des années 70, avec à sa disposition des centaines de personnages créés au fil des ans. Devant le modernité de la concurrence Marvel, il est nécessaire, une fois de plus, d’opérer quelques changements en donnant une certaine maturité aux super-héros DC. Désormais, les personnages seront davantage ancrés dans une réalité urbaine assez sombre, confrontés à des fléaux tels le racisme, la pollution, la surpopulation, la drogue ou l’injustice sociale. Gotham City n’a jamais été aussi glauque. Même Métropolis, la ville de Superman, perd un peu de sa luminosité. Tout cela, en repoussant sans cesse les limites imposées par le Comics Code Authority.

L’Âge moderne

A force de multiplier les personnages et, surtout, les Terres parallèles (Terre-S, Terre-X, Terre-4, etc.), DC Comics prend conscience que seuls les plus anciens lecteurs peuvent encore s’y retrouver, dans cet imbroglio de personnages et d’événements. C’est pourquoi, en 1985, est lancée la série signée Marv Wolfman et George Pérez, Crisis on Infinite Earths. Le Multivers est mis en danger par une créature maîtresse de l’anti-matière. Tous les super-héros DC vont devoir s’associer pour juguler la menace. Ils y parviennent… presque. A la fin, il ne reste plus que Terre-1 (sur laquelle s’ajoutent des réfugiés de Terre-2 et de Terre-S), les autres dimensions ont disparu. L’Univers DC est simplifié : de nouveaux lecteurs peuvent y pénétrer sans s’y perdre.

Notons qu'en 1988, soit quatre ans avant que Northstar ne fasse son coming-out chez Marvel, John Byrne introduit un nouveau personnage secondaire chez Superman, Maggie Sawyer, qui n'est autre que la première mère homosexuelle des comic books DC ! Si bien qu'en 1989, le CCA cède du terrain et accepte que la communauté homosexuelle ne soit plus banie des comic books de super-héros.

Il faut toutefois attendre 2001 pour que Terry Berg, ami de Kyle Rayner (qui à ce moment-là tient le rôle de Grenn Lantern à la place de Hal Jordan), fasse son coming-out. Ces aventures de Grenn Lantern seront récompensées par deux GLAAD Awards (distinction destinée aux médias qui contribue à la visibilité de la communauté gay).

terry-berg.jpgTerry Berg, avec son petit ami David

Enfin, en 2006, DC Comics met à l'honneur Kate Kane, alias Batwoman, Lesbienne... et Juive !

Renaissance de l’univers DC

Cependant, après presqu’un quart de siècle, l’univers DC, à cause (ou grâce à) des scénarios riches et intelligents, est redevenu particulièrement complexe. Difficile de comprendre qui est qui et qui fait quoi quand on n’a pas réellement suivi les comic books à partir de 1986. En 2011, on décide donc de redonner un coup de jeune à cet univers. Cette fois, c’est grâce à une série intitulée Flashpoint. Dans celle-ci, un ennemi de Flash va remodeler la réalité à son goût : les peuples d'Aquaman et de Wonder Woman sont en guerre, Superman n’existe pas, etc.

Au terme de cette aventure, Flash parvient à rétablir la réalité, mais… pas tout à fait. L’univers DC redémarre à zéro : les origines et le costume de Superman sont revus et corrigés, la Ligue de Justice se forme pour la première fois… bref, pour les nouveaux lecteurs, c’est l’occasion ou jamais de faire partie de l’aventure DC dès sa (re)création !

Les titres les plus importants de cet univers renaissant seront publiés en France à partir du mois de mai par Urban Comics, en kiosque : DC Saga (avec, entre autres, Superman, Flash et La Ligue de Justice), Green Lantern Saga et Batman Saga, trois magazines bien alléchants. Perso, ayant grandi avec les titres Marvel, j’ai toujours eu du mal à « entrer » dans l’univers DC que je trouvais trop compliqué à m’approprier. Alors, inutile de vous dire que je ne vais pas manquer cette opportunité ! Et vous ?

En attendant le mois de mai, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer DC Comics Anthologie, un album d'Urabn Comics qui réunit 16 récits importants de l'univers DC, par ordre chrnologique, avec des annotations et des commentaires pertinents, qui donnent un aperçu très accessible de 75 ans d'univers DC. Un ouvrage de référence !

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 2 mars 2012 5 02 /03 /Mars /2012 12:47

Les encyclopédies qui référencent les super-héros et super-criminels édités par Marvel sont trop volumineuses pour ne pas décourager le néophyte. D’où ce mini-article qui vous permettra de briller en société lorsque la conversation glissera vers le terrain de la culture pop et, plus précisément, du comic book (bande dessinée américaine).

Quand ont été créés les premiers personnages Marvel ?

captain americaTout commence avec Timely, une maison d’édition fondée en 1939, publiant des comic books de super-héros qui, il faut bien le dire, ne font pas le poids face au charisme des personnages de DC Comics (Superman, Batman, Wonder Woman…), à l’exception des légendaires Captain America, créé par Joe Simon et Jack Kirby en 1941, et de Namor, le prince des mers, créé par Bill Everett. Il faut attendre 1961 pour que Marvel (nouveau nom de Timely) crée une véritable émulation dans le monde de la bande dessinée super-héroïque.

namor.jpgNamor, par Alex Ross

En effet, cette année-là, Stan Lee et Jack Kirby imaginent un groupe de héros aventuriers appelé Fantastic Four. L’équipe est composée de Reed Richards (alias Mister Fantastic, capable d’étirer son corps comme un élastique), son épouse Susan (la Femme Invisible), le petit frère de celle-ci, Johnny Storm (la Torche Humaine), et Ben Grimm (la Chose, au corps recouvert de briques oranges). Ils ont acquis leurs pouvoirs après avoir été exposés accidentellement à des rayons cosmiques. Leur plus grand ennemi, qui est aussi l’un des plus importants criminels de l’Univers Marvel, est le terrifiant Doctor Doom (Docteur Fatalis, en France), le souverain de Latvérie, un petit pays de l’Est de l’Europe.

ff.jpg

Mais, pourquoi peut-on parler, dès lors, d'un "Univers" Marvel ?

Parce que tous les super-héros qui vont être créés à la suite des Fantastic Four vont évoluer dans le même monde que ceux-ci, tous pouvant se rencontrer au cours de leurs aventures pour s’allier ou s’affronter. Par ailleurs, Stan Lee, maître d’œuvre de l’Univers Marvel instaurera le soucis de la cohérence et de la continuité, non seulement à l’intérieur d’une même série, mais aussi entre toutes les séries de super-héros, ce qui renforce l’illusion d’univers vraisemblable.

Le Top à savoir réciter par coeur

Parmi les plus fameux super-héros Marvel, on retiendra :

Spider-Man, alter ego du jeune Peter Parker qui a acquis une force prodigieuse et la capacité d’adhérer aux murs, après avoir été mordu par une araignée radioactive. Créé par Stan Lee et Steve Ditko.

spider-man.jpgPeter Parker, par Mike McKone

hulkHulk, le monstre vert à la force colossale, qui n’est autre que le savant Bruce Banner dont un bombardement aux rayons gamma a entraîné la mutation. Créé par Stan Lee et Jack Kirby.

ddDaredevil, le justicier acrobate au sens radar surhumain qui, dans le civil, est l'avocat aveugle Matt Murdock. Créé par Stan Lee et Bill Everett.

thor.jpgThor, le demi-dieu de la mythologie asgardienne, fils d’Odin, qui déchaîne les tempêtes à l'aide de son gros marteau magique. Créé par Larry Lieber et Jack Kirby.

iron-man.jpgIron-Man, le super-héros en armure, connu sous l’identité de Tony Stark, l’inventeur millionnaire. Créé par Larry Lieber et Don Heck.

cyclope.jpg– Les X-Men, un groupe de mutants dirigé par le professeur Charles Xavier, qui a juré de défendre l’humanité contre les mauvais mutants (ceux qui veulent conquérir le monde). Les X-Men les plus connus sont sans doute Cyclope, Marvel Girl/Phénix, Tornade, Wolverine, Colossus, Nightcrawler et Kitty Pride.

– Les Vengeurs, équipe de super-héros unis pour protéger la Terre des menaces d’échelle cosmique. Ses membres sont nombreux (ils varient régulièrement), mais les plus fameux, car quasi permanents, sont Thor, Iron-Man et Captain America.

Que faut-il savoir d’autre ?

Pas grand chose. Si ce n’est que l’Univers Marvel comprend des centaines de super-héros et tout autant de super-vilains… et c’est ça qui le rend passionnant, car il constitue ni plus ni moins une mythologie moderne, qu’on ne peut jamais totalement connaître, mais dont les innombrables ramifications nous donnent envie d’en savoir toujours plus.

Les Gays et les Lesbiennes Marvel

Il faut bien que j’en dise quelques mots pour justifier la présence de cet article dans ce journal !

Dans les comic books Marvel, l’homosexualité est passée sous silence jusqu’au début des années 90, en raison du Comics Code Authority qui veille au grain depuis 1954. Un label que les éditeurs de comics obtiennent en pratiquant l’autocensure : pas de violence, pas de sexe et aucune référence au cinéma d’horreur. Avec le temps et l’évolution des mœurs, ce CCA s’assouplira, ce qui permettra à Northstar, membre d’Alpha Flight (équipe de super-héros canadiens, homologue des Vengeurs) de faire son coming-out en 1992. L’homosexualité d’autres personnages Marvel sera par la suite révélée.

alpha-flight.jpgNorthstar (costume noir et blanc) avec Alpha Flight, par Ben Oliver

Parmi les plus connus, on peut citer :

– Le couple formé par Heater Douglas, alias Dragon-Lune, et Phyla-Vell, fille de Captain Marvel.

– Le trop éphémère Curtis Doyle, alias l’Anneau de la liberté qui, grâce à un fragment de Cube Cosmique, peut rendre réelle n’importe laquelle de sa pensée dans un périmètre restreint.

Victor Borkowski (Anole) et Jonas Graymalkin, deux X-Men adolescents.

Le couple Billy Kaplan (Wiccan) et Teddy Altman (Hulkling) deux jeunes Vengeurs.

wiccan-hulkling.jpgBilly et Teddy, par Jim Cheung

– Le couple formé par Rictor, mutant, et Shatterstar, gladiateur d'une autre dimension.

rictor.jpgRictor et Shatterstar, dérangés dans leurs ébats par Rahne Sinclair, la mutante qui se transforme en loup-garou

striker.jpg– Plus récemment, Brandon Sharpe (Striker), capable de produire la foudre et de la maîtriser, membre de l'Académie des Vengeurs, confie à sa partenaire Julie qu'il est gay.

Si cette exposition de l'homosexualité est réjouissante, on peut toutefois regretter que les seuls super-héros gays soient des personnages de second ordre. A quand un Gay de la carrure d’un Spider-Man ou d’un Thor ?

Conclusion

J’ai pas envie de conclure, j’ai dit tout ce que j’avais à dire, vous savez tout ce qu'il faut savoir. Si vous voulez des conseils de lecture quant à l’Univers Marvel, ou enrichir cet article de nouvelles données, n’hésitez pas à laisser un commentaire !

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 15:46

Il y a quelques jours, l'Assemblée nationale a ratifié un plan intitulé "Mécanisme Européen de stabilité". Qu'est-ce à dire ? Eh bien, l'Union Européenne va débourser 140 milliards d'euros (140 000 000 000 !) pour remettre la Grèce à flot et sauver un système financier à bout de souffle car gangrené par des puissants (banquiers et politiciens complaisants) qui prennent des risques considérables pour s'enrichir toujours plus.

Comment ? Que dites-vous ? Vous pensiez que nos caisses étaient vides, qu'elles ne recelaient plus un sou vaillant ? Ah ! mais non : il n'y a plus d'argent pour la Sécurité Sociale, pour l'Education nationale, pour les retraites, pour la recherche, ou pour la culture. Mais il y en a pour les amis de Nicolas Sarkozy, pour les grands financiers et, plus généralement, pour tous ceux qui payent l'ISF. Et, au cas où vous en douteriez, la part des 140 milliards qui incombe à la France, c'est bien vous et moi qui allons la payer !

Hein, vous dites...? On ne vous a pas demandé votre avis ?

Vous vous croyez en démocratie, ou quoi ?

mafalda.jpg

Pour information, si vous ne savez pas pour qui voter dans quelques semaines, sachez que seuls le parti de Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) et celui de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) se sont insurgés contre le caractère anticonstitutionnel de ce traité et cette atteinte contre notre démocratie. Pour les autres (et les grands médias à leurs bottes) : silence radio !

Par Jay - Publié dans : Journal publiquement intime - Écrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
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